Remarquables expressions

Expressions amusantes parfois étranges, utilisant des mots de la langue françaises qui ne doivent encore leur existence qu’à leur utilisation dans des expressions françaises.

courir le cotillon

Courir le cotillon

Que signifie Courir le cotillon ?

Courir le cotillon c’est chercher les aventures galantes, en parlant d’un homme.

Quelle est l’origine de l’expression ?

Le mot cotillon est dérivé de « cotte » qui, au moyen-âge, était un vêtement de dessus à manches, commun aux 2 sexes.
Au 15ème siècle, le cotillon était un jupon que portaient les paysannes et les femmes du peuple. Cela désignait également une danse proposée à la fin d’un bal.
Au 18ème siècle, « danser le cotillon » c’était pratiquer la contredanse ou country danse, danse rustique importée d’Angleterre à l’époque de la Régence.
Et, par extension, « aimer le cotillon » c’était « aimer les femmes, courir après les grisettes (*)« , selon le Dictionnaire comique, satirique, critique, burlesque, libre et proverbial (1735) de Joseph Le Roux.
Or, les grisettes étaient des jeunes filles de médiocre condition, ouvrières ou employées de maison de couture. Donc aimer le cotillon, et plus particulièrement celui des grisettes, est à l’origine de l’expression. Initialement, cela désignait la recherche d’une aventure galante plutôt avec une femme de condition inférieure.
De nos jours, même si les cotillons ont disparu, il s’agit toujours, pour un homme, de la recherche d’une aventure.
Et, dans ce domaine, les expressions équivalentes ne manquent pas :

  • Courir le guilledou
  • Faire du gringue
  • Draguer
  • Faire du plat
  • Faire la cour
  • Courtiser
Un drôle de zigomar

Un drôle de zigomar

Que signifie Un drôle de zigomar ?

Un drôle de zigomar est un individu bizarre, fantaisiste, au comportement extravagant.

Quelle est l’origine de l’expression ?

Zigomar fut le nom d’un personnage d’un feuilleton de 164 épisodes de Léon Sazie. C’est le quotidien « Le Matin » qui les publia en 1909 et 1910. Zigomar était un criminel cagoulé de rouge. Il dirigeait une bande de malfrats qui portaient une cagoule où était brodée la lettre Z. Leur signe de reconnaissance consistait à dessiner un Z avec un geste en l’air ou d’un doigt sur une table. Ce personnage fut très populaire à tel point que son effigie figurait à l’époque sur des paquets de pain d’épices et biscuits, des pipes ou des boîtes d’allumettes.
On trouve aussi ce nom dans une pièce de théâtre en 3 actes de Léon Gandillot en 1900.

Dans « le poilu tel qu’il se parle » (1919), Gaston Esnault mentionne que « zigomar » est le surnom donné à un type de sabre au cours de la Grande Guerre. C’était sans doute en référence au héros sanguinaire de Léon Sazie. De plus, il explique que l’on a sans doute construit ce mot à partir de « zig » (« homme, zigoto, individu épateur ») et du suffixe argotique « mar », usuel dès 1800 (Ex : Guich’mar = guichetier, Boss’mar = bossu).

Depuis, on a oublié le feuilleton de Léon Sazie mais on continue à utiliser le nom pour qualifier un individu au comportement surprenant. Autrement dit un zig, un zigoto, un zouave ou un drôle de zèbre.
Peut-on aller jusqu’à affirmer que son nom, il le signe à la pointe de son sabre, d’un Z qui veut dire Zozo, zozo, zozo…..

Aller à Pétaouchnok

Aller à Pétaouchnok

Que signifie Aller à Pétaouchnok ?

Aller à Pétaouchnok c’est aller vers un endroit imaginaire, inaccessible, très lointain, au milieu de nulle part.

Quelle est l’origine de l’expression ?

Même lorsqu’on habite dans un endroit paumé, on se rassure en évoquant un «trou» encore plus perdu que le sien. On le situe le plus loin possible et on lui donne des noms cocasses, parfois poétiques et champêtres comme « perpète-lès-oies » ou « perpète-lès-olivettes ». Mais certains évoquent de façon beaucoup moins poétique le « trou du cul du monde ».

Dans son dictionnaire historique des argots français, Gaston Esnault nous explique que l’expression « aller auxs îles Pataoutnof » a précédé « Aller à Pétaouchnok » dans les années 1940. A cette époque elle avait un caractère xénophobe. C’est le petit peuple des halles qui l’utilisait pour désigner un endroit essentiellement peuplé de Noirs.
Par analogie vocale, «chnok» aurait fini par remplacer «fnof» dans les années 1950. De plus, l’aspect prétendument lointain du lieu Pétaouchnok se renforçait grâce à la sonorité d’un nom de ville russe lointaine, Petropavlovsk.
De nos jours l’aspect xénophobe a disparu mais l’expression a tendance à vouloir se moquer des coins de cambrousse isolés de tout.

Signalons que dans les expressions du type « perpète-lès-oies », la préposition lès (lez) est issue du latin latus qui signifie « à côté », « près de ». Et « perpète » est l’apocope de perpétuité signifiant « longue durée », « éternité » et, par extension « grande distance ». C’est donc un endroit lointain mais à côté des oies.

Pour terminer, remarquons que la langue française n’est pas avare pour évoquer des endroits lointains et perdus, voici quelques synonymes de pétaouchnok :

  • Aux cinq cents diables
  • Au diable vauvert
  • trifouilly-lès-oies
  • Tataouine les bains
  • Trou en cambrousse
  • Trifouilly-les-Chaussettes
  • ……………
Avoir barre sur quelqu'un

Avoir barre sur quelqu’un

Que signifie Avoir barre sur quelqu’un ?

Avoir barre sur quelqu’un c’est prendre l’avantage sur quelqu’un, le dominer.

Quelle est l’origine de l’expression ?

Cette expression date du 16ème siècle. A titre d’exemple on la trouve dans « Les neuf matinées du seigneur de Cholières » (1585) par l’écrivain français Nicolas de Cholières.
Elle vient du jeu de barres dont la pratique remonte en France au 13ème siècle. Mais ce jeu serait même beaucoup plus ancien. En effet, il faudrait rechercher son origine dans l’ostrakinda, jeu de l’antiquité grecque mentionné par Platon dans la République.
Au Moyen Âge, le jeu de barres se pratiquait après dîner comme moyen de digestion.
Plus tard, Chateaubriand, dans ses « Mémoires d’outre-tombe » (1849), raconte qu’il aimait jouer aux barres dans la cour de récréation du collège de Dol-de-Bretagne.
Il se dit même que Napoléon a appris les rudiments des règles de la guerre en jouant aux barres dans la cour de l’école de Brienne où il resta 5 ans à partir de 1779.

Les règles du jeu de barres

Après tirage au sort, un joueur d’une équipe se dirige vers le camp de l’équipe adverse. Là, il tape trois fois dans la main que lui tend le joueur choisi en disant « barre, baron, barrette ». Á la troisième tape, il se sauve vers son camp, poursuivi par l’adversaire qui essaie de le toucher de la main.
Ensuite, tout joueur sorti de son camp après un adversaire a droit de barre sur lui et peut tenter de le toucher de la main. Il est permis de regagner son camp afin de ne pas se faire prendre. Un joueur qui en touche un autre crie « pris » et accompagne son prisonnier à la ligne des prisonniers devant son camp.
L’équipe gagnante est celle qui a fait le plus de prisonniers. Le but du jeu est donc de prendre sans être pris, ce qui revient donc à dominer son adversaire. D’où le sens de l’expression.

avoir un coup de barre

Avoir un coup de barre

Que signifie Avoir un coup de barre ?

Avoir un coup de barre c’est ressentir brusquement une grande fatigue.

Quelle est l’origine de l’expression ?

Le mot « barre » viendrait du bas latin de Gaule « barra » (3ème – 6ème siècle), emprunté probablement au gaulois « barro(s) ». Cela désignait alors une barre, une planche ou un pieu.
Dans la deuxième partie du 16ème siècle, le mot désigne, dans un tribunal, la barrière qui sépare l’assistance des juges. On en trouve un exemple dans le poème « L’enfer » (1542) de Clément Marot. Il y décrit une cour de justice où les gens se disputent au point de se mordre. D’où la nécessité d’installer une barre.
D’ailleurs c’est bien de là que vient également le « barreau », l’ordre professionnel des avocats.

L’expression « avoir un coup de barre » date de la fin du 19ème siècle. Elle s’explique par l’image d’un coup donné avec une barre qui abat complètement celui qui le reçoit. Par analogie elle s’applique à la personne abattue par un accès de fatigue. C’est ce que l’on désigne également par « un coup de pompe », lorsque l’on est un pneu crevé ! On dit aussi que l’on a « un coup de mou ».
Notons également que le coup de barre s’applique à l’addition très élevée présentée par exemple dans un restaurant, un hôtel ….. ou un bar. Ainsi la boucle est bouclée car le mot bar (débit de boisson) a un lien avec barre. En effet c’est l’abréviation de l’américain bar-room où « bar » viendrait du français barre. Et, dans ce cas, bar a désigné la barre installée au pied d’un comptoir, puis le comptoir lui-même, et enfin la salle où se trouvait ce comptoir.

Faire l'école buissonnière

Faire l’école buissonnière

Que signifie Faire l’école buissonnière ?

Faire l’école buissonnière c’est se promener au lieu d’aller en classe.

Quelle est l’origine de l’expression ?

Dès le 15ème siècle, on appliquait l’expression à ceux qui se promenaient dans les chemins creux ou parmi les buissons, là où se cachaient également les fuyards.
Mais, pour certains, l’expression trouve une autre origine, également au 15ème siècle, avec le concile de Pavie en 1423. Les prélats refusèrent de s’y rendre en raison de la peste qui y sévissait. Clément Marot y fit allusion dans l’épître intitulé « du coq à l’âne » en 1535 : « Vrai est qu’elle fust buyssonière l’escolle de ceux de Pavie« 
Pour d’autres, elle viendrait de l’époque de la répression du protestantisme. Au début du luthérianisme, les adeptes créèrent, dans les campagnes, des écoles secrètes, nommées « buissonnières ».
Dans son dictionnaire universel (1690), Antoine Furetière donne une explication amusante : « L’école est appelée buissonière lorsqu’on la fréquente si peu que les ronces et les buissons y naissent ».

De nos jours, faire l’école buissonnière peut également signifier que l’on ne se rend pas sur son lieu de travail, afin de profiter de flâneries qui ne sont pas que buissonnières.

À Pâques ou à la trinité

À Pâques ou à la trinité

Que signifie À Pâques ou à la trinité ?

À Pâques ou à la trinité signifie « à une date incertaine et lointaine, voire jamais ».

Quelle est l’origine de l’expression ?

Le jour de Pâques est un dimanche situé entre le 22 mars et le 25 avril. Et on célèbre la sainte Trinité le huitième dimanche après Pâques. Donc, même si elles sont mobiles, ces dates ont bien leur place dans le calendrier et elles n’ont rien d’incertain. Ce n’est donc pas dans le calendrier qu’il faut aller chercher l’origine du sens que l’on donne à cette expression.

En fait elle tire ses origines d’une chanson adressée à Lord Churchill, duc de Marlborough, général de l’armée Britannique à la fin du 17ème et début du 18ème siècle. On composa cette chanson à l’issue de la bataille de Malplaquet qui eut lieu le 11 septembre 1709. C’était au cours de la guerre de Succession d’Espagne au sud de Mons dans les Pays-Bas espagnols. Les forces commandées par le duc de Marlborough, et le prince Eugène de Savoie, essentiellement autrichiennes et hollandaises, affrontèrent les Français commandés par le maréchal de Villars. L’armée de Marlborough conquiert le terrain mais au prix de pertes quatre fois plus importantes que celle de l’armée française. Cette dernière fit retraite en bon ordre et avec toute son artillerie. Et l’invasion de la France fut empêchée.
Les soldats français, croyant le duc de Marlborough mort, composèrent la chanson « Malbrough s’en-va-t-en guerre ». On y trouve ces célèbres paroles  » Malbrough s’en va-t-en guerre (…) il reviendra-z-à Pâques, ou à la Trinité (…), la Trinité se passe, Malbrough ne revient pas.

Voilà donc comment est née l’expression : Malbrough reviendra à Pâques ou à la Trinité, un jour peut-être ou bien jamais.

Quelques informations sur l’illustration associée à cette expression

Il s’agit d’une publicité pour l’alcool de menthe Ricqlès, publiée entre 1900 et 1925. L’auteur de cette illustration est le peintre et affichiste Henry Gerbault (1863-1930)

Autres expressions du site savour.eu ?

Expressions françaises avec Express'ION

Un clic suffira !

sans coup férir

Sans coup férir

Que signifie Sans coup férir ?

Sans coup férir signifie « sans avoir à combattre », « sans rencontrer de résistance », « sans difficulté ».

Quelle est l’origine de l’expression ?

A partir de la 2ème moitié du 10ème siècle, le verbe « Férir », venant du latin « ferire » s’employait dans un contexte guerrier. En effet il signifiait « frapper », « donner un coup » lors d’un combat. Et l’expression « sans cop ferir » a fait son apparition au début du 13ème siècle. A l’époque, l’expression signifiait donc « sans porter de coup ».

Au 12ème siècle, le verbe férir s’est enrichi d’un sens figuré moins guerrier. En effet il signifiait alors « rendre amoureux » dans le sens « frapper au coeur ». Et c’était encore utilisé avec cette signification au 17ème siècle. Pour preuve, dans son dictionnaire universel (1690), Antoine Furetière nous explique que « être féru (participe passé de férir) d’une femme » , c’est « en être amoureux ».

Puis progressivement, à partir du 17ème siècle, l’expression « être féru de » s’est éloignée du sentiment amoureux pour exprimer une passion par exemple pour une activité ou pour une idée.
Et, de son côté, l’expression « sans coup férir » a pris de la distance avec son sens concret et guerrier initial pour prendre un sens figuré exprimant l’absence de difficulté par exemple dans la réalisation d’une action.

En savoir plus ?

c’est par ici sur le site où l’on savoure les expressions : https;//savour.eu

Peu ou prou

Peu ou prou

Que signifie peu ou prou ?

peu ou prou signifie plus ou moins.

Quelle est l’origine de l’expression ?

« Prou » est un adverbe qui, dès le 12ème siècle, signifiait « beaucoup, bien ».
Il est issu du bas latin « prode » (profit), lui même provenant du latin classique « prod est » (être utile, profitable).

De prode (profit) à prod (beaucoup), il n’y avait qu’un pas qui a donc été franchi pour nous laisser le mot prou (beaucoup). Si ce dernier était encore utilisé dans ce sens au 17ème siècle, il a disparu progressivement de notre vocabulaire pour ne subsister aujourd’hui que dans l’expression « peu ou prou ». Cette dernière, quant à elle, est attestée dès le début du 17ème siècle. Notons d’ailleurs qu’elle fut précédée par la forme négative « ne peu ne prou » (ni peu ni beaucoup) vers la fin du 16ème siècle.

De nos jours l’expression est utilisée pour nuancer un propos, dire par exemple qu’une chose est plus ou moins ceci ou cela. Selon les cas, cela peut signifier « dans une certaine mesure », voire « dans une faible mesure » ou « environ, à peu de choses près ». Et en se cherchant des « prou » dans la tête, nul doute que l’on arrivera à trouver quelques autres synonymes.

En savoir plus ?

c’est par ici sur le site où l’on savoure les expressions : https;//savour.eu

payer son écot

Payer son écot

Que signifie Payer son écot ?

Payer son écot c’est payer sa part à l’occasion d’un repas pris en commun.

Quelle est l’origine de l’expression ?

Le mot « escot » est attesté dès le 12ème siècle. Il signifiait alors « payer sa part, se mettre en frais ».
Au 13ème siècle, escot était plutôt une assemblée de convives, un repas, un festin.
Plus tard, au 17ème siècle, Antoine Furetière donne la définition suivante : « Ce que chacun paye pour sa part d’un repas qu’il fait en commun« , donc le sens que l’expression a de nos jours. Il indique également que le grammairien Gilles Ménage a émis l’hypothèse que ce mot trouve son origine dans le mot saxon « scot », signifiant impôt.

Mais, aujourd’hui, l’expression ne se cantonne pas uniquement aux repas partagés. En effet, elle peut s’employer au sujet de la participation à une action collective.

En savoir plus ?

c’est par ici sur le site où l’on savoure les expressions : https;//savour.eu